Le Second Empire est l'époque de Paris transformé par Haussmann. Les nouveaux immeubles aux plafonds hauts, aux moulures cossues, appellent un décor qui les remplisse. La bourgeoisie industrielle nouvellement enrichie cherche à s'approprier le faste d'avant la Révolution — sans en avoir les codes ni la mémoire. Tous les styles du passé deviennent alors des réservoirs où puiser.

Louis XV pour le confort, Louis XVI pour l'élégance, néo-baroque pour la prestance, néo-Renaissance pour l'érudition. Les ébénistes redécouvrent la marqueterie Boulle et la copient. Les frères Jeanselme, Henri Fourdinois, Jean-Pierre Diehl produisent des meubles qui mélangent les références sans complexe. Le capiton — bouton de tissu fixé au siège pour créer un quadrillage moelleux — devient signature de l'époque.

Caractéristiques

  • Mélange des époques sans hiérarchie — Louis XV, Louis XVI, Renaissance, gothique
  • Capitons, passementeries, tapisseries lourdes
  • Mobilier confortable — confidents, indiscrets, crapauds, poufs
  • Bois noircis, marqueterie Boulle revisitée, écaille rouge
  • Verres dépolis, papiers peints, miroirs profonds en trumeaux
  • Plantes vertes, paravents, bibelots de cheminée

Palette

Pourpres, ors patinés, bois sombres, verts profonds, bronzes anciens. Les couleurs s'assombrissent, gagnent en richesse et en matière. La lumière du gaz puis de l'électricité naissante structure une atmosphère plus dense.

L'esprit

Le style Napoléon III est mal aimé — accusé de pastiche, de surcharge, de provincialisme. Pourtant, il invente une chose essentielle : le décor d'intérieur comme expression de la personnalité. Habiter à la Napoléon III, c'est composer son monde plutôt que l'hériter — geste profondément moderne, malgré l'apparence.